Conseils pour planter un arbre fruitier

Planter un arbre fruitier
Planter un arbre fruitier est toujours une belle expérience, on le voit grandir, faire ses premières fleurs puis ses premiers fruits, accueillir la faune et attirer la curiosité des enfants (et des adultes) qui regardent avec délice ses fruits. Il s’encre dans nos vies en répondant à plusieurs de nos besoins.

Pourquoi planter un arbre fruitier ?

Les arbres ont une forte valeur symbolique et émotionnelle auprès des humains qui souvent s’y attachent et lient leur histoire et leurs souvenirs à l’un d’entre eux. Le premier réflexe d’un enfant en voyant un arbre est d’y grimper et de s’en faire un refuge. Symboles de paix, d’amour, de fertilité, d’humilité, de sacralité et de justice, les arbres ont toujours eu une grande influence dans toutes les civilisations à travers le monde.

L’arbre est un formidable pourvoyeur de services écosystémiques

Il ne s’agit pas du seul service offert par les arbres, ceux-ci étant de formidables pourvoyeurs de services écosystémiques (services rendus à l’humain) :

  • Régulent les températures en permettant de gagner plusieurs degrés lors des fortes chaleurs ainsi que la création d’îlots de fraicheur ;
  • Nourrissent et enrichissent les sols grâce à leur matière végétale ;
  • Améliorent nettement la rétention d’eau et diffusent de l’humidité grâce à la transpiration de leurs feuilles ;
  • Offrent une alimentation souvent riche qui a permis à l’humain de survivre puis vivre ;
  • Permettent de nous soigner grâce à une multitude d’usages et même de nous apaiser lorsqu’on les cottoie ;
  • Fournissent des matières premières (construction et fabrication, chauffage, broyat pour le paillage ou le compostage).

L’idée de transmission aux futurs générations est également très importante dans le fait de planter un arbre fruitier car il leurs sera un précieux allié pour se nourrir et faire face aux défis à venir.

Arbre fruitier
Amandier en fleurs

Choisir l'arbre adapté à son contexte

Planter un arbre n’est pas anodin, il va devoir affronter assez rapidement des conditions climatiques particulières, être planté dans un sol à la texture particulière (sableux, limoneux, argileux) plus ou moins riche, faire face à des “ravageurs”, avoir besoin de pollinisateurs et si besoin d’autres arbres de la même espèces ou proche pour se reproduire. Et surtout il va grandir.

Quand on achète un petit arbre chez un.e pépiniériste, il est tout mignon, on a l’impression qu’il peut être casé un peu partout. Mais le temps passe et petit arbre devient grand voire très grand selon les espèces.

C’est pourquoi il faut bien réfléchir en amont avant de planter un arbre, c’est un choix qui aura un impact dans le temps. Un design en permaculture de votre espace peut vous aider à éviter des erreurs et surtout définir les besoins auxquels répond cet arbre, même s’il s’agit d’un petit espace.

Les questions à se poser avant de faire son choix

Vérifiez bien les besoins de votre arbre ou plutôt choisissez un arbre qui s’implante au mieux dans votre contexte, voici quelques informations à obtenir avant de passer à l’action :

La zone de rusticité et le climat de votre espace

Les agrumes sont bien plus adaptés au climat méditerranéen qu’à un climat montagnard et la majorité des variétés de pommiers ont besoin d’un certain nombre de jours de froid en dessous de 0° pour fructifier.

L'exposition au soleil et au vent

Prenez le temps d’observer l’ensoleillement de votre terrain ainsi que l’impact des vents dominants. Selon les variétés, un certain nombre d’heures de soleil est nécessaire.

La texture du sol

Un sol argileux aura tendance à garder l’eau ce qui peut être problématique pour des arbres n’aimant pas “tremper” dans l’eau. Inversement, un sol sableux draine rapidement l’eau, ce qui peut être un désavantage pour certaines espèces ayant besoin de beaucoup d’eau.

Vos objectifs

Inutile de planter trois citronniers si vous n’en avez pas l’utilité ou alors c’est pour offrir ou échanger avec vos voisins, vos amis ou votre famille. L’objectif peut également être de créer de l’ombre durant l’été, de freiner le vent dans de cadre d’une haie ou encore avoir une production de BRF (Bois Raméal Fragmenté).

La taille adulte de l'arbre

Il peut bloquer le passage et faire de l’ombre aux plantes des strates plus basses, notamment les plantes potagères.

Les besoins spécifiques de l'arbre

En eau, en soleil, en chaleur ou en froid, lui faut-il un autre arbre pour la pollinisation. Certains arbres n’aiment pas les vents forts ou sont sensibles à l’humidité.

Des plantes compagnes

Un arbre entouré de plantes compagnes (comme des fixatrices d’azote)  peut former une guilde. Ainsi il a plus de chances d’être en bonne santé, de bien se développer et de résister aux aléas grâce aux interations entre chaque plante. Il faut également se méfier des mauvaises associations comme le myrtillier avec certains arbres fruitiers. A noter que pour planter une guilde il vaut mieux commencer par les plus grands arbres, puis les arbustes et enfin les strates basses.

Comme vous avez pu le remarquer, nous cherchons à évaluer le contexte macro et micro pour donner le plus de chance à l’arbre. N’hésitez pas à vous renseigner auprès des pépiniéristes, agriculteurs et jardiniers locaux afin d’avoir des retours d’expérience très intéressants. Chaque contexte est différent même entre deux villes voisines.

Quand planter des arbres fruitiers

Il est préférable de planter de la fin de l’automne à la fin de l’hiver lorsque les arbres fruitiers sont en repos végétatif. Remarque d’autant plus valable si vous achetez des arbres à racines nues. Les arbres plantés au printemps ou en été sont plus sensibles aux sécheresses et vont vous demander beaucoup d’arrosages et de présence.

Où les acheter

Favorisez les pépiniéristes si possible travaillant de manière responsable. Ils disposent de variétés locales adaptées à votre climat, sont disponible à vos demandes spécifiques et permettent de faire vivre des variétés différentes, locales et rares. La diversité génétique des plantes utilisées pour notre alimentation est importante, notamment dans le cadre d’une stratégie de résilience face aux aléas climatiques et aux “ravageurs”.
 
Vous pouvez également commander à distance. Si vous avez des besoins spécifiques, dirigez-vous vers des pépiniéristes spécialisées (par ex. pépiniériste travaillant en biodynamie avec des espèces adaptées à une certaine région).
Je vous invite à effectuer vos commandes assez tôt durant l’automne car il y a une forte demande surtout pour les espèces les plus recherchées. Les livraisons peuvent également prendre du temps.
 

Racines nues, en conteneur ou en mottes ?

Arbre fruitier scion de 2 ans
Le kaki est un arbre aux fruits délicieux. Les racines seront pralinés afin d'améliorer la reprise.
Les arbres fruitiers peuvent être achetés sous différents conditionnements. Pour ma part (ce n’est que mon avis) je privilégie les racines nues et les mottes pour les raisons suivantes :
  • Les racines nues coûtent moins chers, nous offrant ainsi la possibilité d’acheter des arbres/arbustes plus grands et/ou en plus grande quantité ;
  • Les mottes et les racines nues ayant poussé en pleine terre sont en meilleure santé ;
  • Il n’y a pas de chignons de racines, celles-ci n’ont pas tourné en rond, recherchant désespérément de la place et des nutriments.
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Les outils

Outil pour sols caillouteux
Cette pelle bêche permet de travailler plus facilement dans les sols caillouteux.
Outil plantée dans la terre
Permet de décompacter le sol
  • Pelle-bêche : indispensable pour creuser le trou. Grâce à ses dents, le modèle en photo est adapté aux sols très caillouteux. Celles-ci permettent également de transplanter un arbre. Elle dispose également de petits rebords sur les côtés facilitant ainsi le travail pour l’enfoncer ;
  • Fourche-bêche : permet de décompacter la terre sur les côtés et au fond du trou ;
  • Sécateur pour tailler les racines abîmées. Nettoyez-le avant avec de l’alcool pour ne pas risquer d’apporter des maladies à l’arbre ;
  • Seaux ou bâches pour stocker la terre ;
  • Pralin pour les racines nues, on en trouve dans le commerce ou vous pouvez le fabriquer ;
  • Tuteur surtout si votre arbre est grand et risque d’avoir une forte emprise au vent ;
  • Compost et ou paillage en fonction de ce que vous avez à disposition sur votre terrain.

Conseils pour planter un arbre fruitier

Creuser le trou

La terre ne doit pas être trop compactée sur les côtés car cela empêcherait les racines de l’arbre de partir sur les côtés. Il est préférable de creuser un trou carré afin d’éviter aux racines de tourner en rond. Ainsi, les racines iront dans les coins et passeront du trou à la terre environnante.

Concernant la profondeur, pas besoin d’aller plus loin que celle des racines. En général un trou profond de 25-30cm suffit aux arbres fruitiers. Testez au fur et à mesure en présentant l’arbre.

Pied posé sur le bord de la bêche
Aide à enfoncer la bêche

Séparer les strates de terre

Il est important de ne pas mélanger les strates de terre (voir photo couverture). La terre végétale qui se trouve sur le dessus ne doit pas se retrouver au fond. Utilisez des seaux ou des bâches pour y séparer les différentes couches.

Cuvette ou butte

Si votre arbre est planté dans un climat sec et a besoin d’eau, pensez à réaliser une cuvette autour de l’arbre pour que l’eau soit récupérée. Inversement si l’arbre a besoin d’un sol bien drainé ou si le terrain a tendance à être détrempé, effectuez une butte pour que l’eau s’écoule autour. Vous pouvez également réaliser une baissière en amont sur la courbe de niveau afin de recueillir l’eau et de la distribuer petit à petit. Cette technique peut être intéressante notamment dans les zones arides.

Taille des racines nues

Coupez les racines abîmées et effectuer un pralinage des racines (voir l’explication ci-après). Pour un arbre dont les racines sont en motte ou en conteneur, faites le tremper avant plantation.

Compost

Ajoutez du compost bien mûr (un compost jeune risque de brûler les racines)  au fond du trou afin de faciliter la reprise.

Reboucher le trou

Présentez votre arbre et rebouchez le trou avec la terre du fond puis la terre du dessus. Attention à ne pas recouvrir le collet de l’arbre. Pour vérifier la bonne hauteur, j’utilise le manche d’un outil puis le place sur le sol en travers du tour pour évaluer la profondeur de l’arbre.

Tuteur

Si vous utilisez un tuteur placez le près de l’arbre en anticipant le sens des vents dominants (en général vents d’ouest) et attachez-y l’arbre avec une bande en caoutchouc.

Tasser la terre

Faites le légèrement autour de l’arbre avec votre pied tout en prenant soin de ne pas trop tasser et de ne pas abîmer les racines.

Arroser

Cela permettra à la terre de bien adhérer aux racines. En général j’utilise un petit arrosoir plein.

Pailler

Utilisez du compost ou appliquez un mulch (couverture organique) en fonction de la matière disponible sur votre terrain (feuilles, foins, broyat).

Feuilles pour pailler un arbre
Le paillage permet de protéger le sol au pied de l'arbre

Attention

Ne plantez pas un arbre en jour de gel surtout si votre terrain a tendance à être très humide. Cela pour avoir des conséquences fâcheuses sur votre arbre.

Le pralinage des racines

Racines avec pralinage
Protège les racines et va aider la plante à absorber les nutriments

Le pralinage est une technique visant à enrober les racines avant la plantation avec un mélange à base d’eau, d’argile et de bouse de vache (1/3 de chaque). Il s’agit d’une technique destinée principalement aux arbres à racines nues.

Cette technique aide à la reprise et favorise un bon départ de végétation. Il faut la pratiquer au plus tôt après l’achat :

  • Protège les racines et aide leur cicatrisation suite à la transplantation et la taille des racines ;
  • Évite l’installation de pathogènes et de parasites ;
  • Améliore le contact entre les racines et la terre ;
  • Favorise la création d’un environnement propice au développement de l’arbre avec les micro-organismes (bactéries/champignons) ;
  • Augmente l’absorption d’eau et d’éléments nutritifs grâce à ces micro-organismes.

Vous pouvez fabriquer vous-même votre pralin avec de l’argile, de la bouse de vache et de l’eau de pluie. L’argile peut être remplacé par de la terre du jardin et la bouse par du compost. Évitez l’eau du robinet pour le chlore sinon laissez-la reposer une journée afin que le chlore s’évapore.

Cet hiver j’ai choisi de tester un pralin en poudre contenant notamment des mycorhizes. Il permet d’améliorer l’absorption d’eau et de phosphore par les racines dans les sols pauvres (ce qui est mon cas). Le développement des mycorhizes va améliorer le réseau (comme la fibre pour le net) entre les différents plantes et favoriser les échanges entre chacune.

Sac de pralin en poudre
Ce type de pralin contient des mycorhizes qui vont aider l’arbre à absorber l'eau et les nutriments

Quelle que soit la recette, le pralin doit avoir une consistance pâteuse et coller aux racines et il ne doit pas couler.

Pralin en poudre et eau dans un seau
Permet une bonne reprise des fruitiers à racines nues

Planter un noyau

Planter un noyau permet d’obtenir des arbres résistants qui ne nécessitent pas d’arrosage. L’inconvénient est qu’il faut beaucoup de temps avant d’avoir des fruits et que la réussite de la fructification est aléatoire selon les espèces. Néanmoins on peut toujours greffer après coup.

On peut très bien avoir une stratégie à deux vitesses. Planter des arbres fruitiers d’un certaine âge qui fructifieront en 2-3 ans et planter à côté des noyaux qui permettront, selon les conditions, d’obtenir un arbre fruitiers au bout de 5-6-7 ans. Les noyaux, les pépins et les graines sont à disposition gratuitement et cela demande peu d’efforts pour les planter. Alors n’attendez plus, quelque soit la technique, plantez pour améliorer la résilience, l’autonomie et la productivité de notre habitat, quelque soit l’échelle.

Infos utiles

Outillage

La pelle-bêche et la fourche-bêche en photos sont des créations artisanales très résistantes de la marque Sneeboer que j’ai commandées sur le site jardinanimés.com.

Pralin

Le pralin en photo provient du site iftech.fr, il s’agit du Pralor 50.

Arbres fruitiers

Voici 3 pépiniéristes testés et approuvés en 2020 (j’allongerai la liste au fil des expériences) :

En savoir plus

Je vous invite à vous rendre sur le site de l’association des croqueurs de pommes. Vous y trouverez beaucoup d’information ainsi que les contacts des associations locales (et leurs sites web). Il leurs arrive d’organiser des formations.

Vérifier aussi la programmation des Parcs Naturels Régionaux. Par exemple, le Parc Régional du Vexin, où j’ai passé mon enfance, organise diverses formations très intéressantes et adaptées aux conditions locales. J’ai pris beaucoup de plaisir à en suivre plusieurs.

Je reste à votre disposition pour tout partage et échange. Si vous êtes intéressés par un design en permaculture ou du conseil, que vous soyez un particulier, un professionnel, une collectivité ou une entreprise, je peux vous accompagner sur votre projet.

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